• Le Canada a pris, le 15 mai et pour deux ans, la présidence tournante du Conseil de l'Arctique. Durant cette période, il va chercher àpromouvoir le développement industriel dans le Grand Nord, au grand dam des militants écologistes, qui demandent qu'une vaste région inhabitée autour du Pôle Nord devienne un sanctuaire, protégé contre le développement industriel.Greenpeace demande également que le gouvernement canadien décrète un moratoire sur l'exploration gazière et pétrolière dans l'Arctique.

    Jours peu tranquilles en Arctique

    >> Le Canada a pris, le 15 mai et pour deux ans, la présidence tournante du Conseil de l'Arctique. Durant cette période, il va chercher à promouvoir le développement industriel dans le Grand Nord, au grand dam des militants écologistes, qui demandent qu'une vaste région inhabitée autour du Pôle Nord devienne un sanctuaire, protégé contre le développement industriel.

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  • LES INUIT ET LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

    (Une conférence de Sylvie Teveny)

     

    Cette conférence est la dernière d’une série de trois interventions de Sylvie Teveny à la Maison de Champlain à Brouage, sous le patronage du Conseil Général de la Charente-Maritime. Elle fait suite à la présentation du monde Inuit, peuple de chasseurs de la région circumpolaire.

    Les frontières sont artificielles sur le plan ethnique, et les Inuit ont la nationalité du pays auquel ils sont rattachés (voir l’article sur « les Inuit et le monde animal). Ils vivent dans des situations politiques et culturelles très différentes, ceux du Groenland et du Canada étant mieux lotis que ceux de Russie ; ils ont pu obtenir une certaine autogestion.

    La planète terre par rapport au soleil

    La terre tourne autour d’un axe incliné. Le cercle polaire détermine la zone de nuit hivernale. La ligne dite « isotherme » délimite une région où la température ne monte jamais au dessus de 10°C ; c’est aussi la limite des arbres, qui ne peuvent pousser, le sol étant gelé toute l’année. Les Inuit vivent donc dans une région de toundra, sans aucune arborescence. Le raisin d’ours, sorte de myrtille, est apprécié pour son apport en vitamine C et ses vertus thérapeutiques contre les problèmes gastriques. Les baies sont congelées à la fin de l’été pour être consommées toute l’année.

    La région circumpolaire

    Le lichen est l’aliment principal des caribous. Cet animal est indispensable à la survie des hommes dans ce désert blanc. Les seuls matériaux disponibles sont les os de baleine, les bois de caribou et l’ivoire de narval.

    Rappelons la densité de population dans ces régions : 1 habitant aux 100km2 contre 100 habitants au km2 en France. Les Inuit vivent tous le long du littoral. Ils sont arrivés de Sibérie il y a environ 6000 ans, en plusieurs vagues migratoires, suivant les gibiers. Si la température ne monte guère en été, en hiver elle ne descend pas plus bas que dans le sud canadien (autour de – 50 ° C).

    Les faibles températures des régions circumpolaires s’expliquent par la façon dont les rayons solaires arrivent :

    • Les rayons du soleil perdent de leur intensité parce qu’ils ont une plus grande distance à parcourir qu’au niveau de l’équateur

    • Comme ils arrivent obliques, ils ne pénètrent pas dans le sol comme lorsqu’ils  arrivent à la perpendiculaire

    • Comme le sol gelé est clair, le rayonnement solaire est renvoyé et le sol ne peut pas se réchauffer (c’est l’effet d’Albédo).

    Les Inuit vivent dans des villages, dans des maisons de bois qui arrivent en kit par bateau. Elles sont construites sur pilotis, le gel permanent du sol empêchant le creusement de fondations. Dans le village, ont trouve de tout ou presque : école, magasin général, musée, église, dispensaire. 7000 habitants vivent dans la capitale, Iqalui. Durant les vacances scolaires, les villages sont désertés, et la famille part sur le territoire. C’est dans cette période que se fait la transmission du savoir.

    Les Inuit pêchent l’omble chevalier, qui vit sous la banquise, en l’attirant vers la lumière par le trou creusé dans la glace. Les filets de poissons sont consommés à l’automne, puis séché à l’air libre (il n’est pas possible de le fumer, du fait du manque de bois). Ils chassent en famille, à la carabine, ou au harpon.

    Selon les croyances chamaniques, l’animal est considéré comme une personne à part entière, un être pensant et libre de s’offrir ou non. Un bon chasseur doit savoir séduire l’animal. Il ne doit pas poursuivre un animal qui ne s’offre pas. Il respecte un code de bonne conduite :

    • Faire certains gestes pour séduire et remercier l’animal chassé

    • La femme confectionne de beaux vêtements avec la peau de l’animal, afin de montrer à ses congénères ce qu’on fait de la peau de ses semblable

    • On ne fait pas souffrir inutilement un animal

    • Tout dans l’animal est utilisé (la peau, la chair, les tendons, les os, les intestins)

    • On ne poursuit pas un animal qui a décidé de ne pas s’offrir

    Le travail de la peau

    Les femmes, dès leur plus jeune âge, apprennent à gratter la graisse avec l’ulu. La peau est ensuite lavée et assouplie.

    Selon le rituel, la chair de l’animal est mangée crue, à même le sol. Les enfants observent le découpage de l’animal, dont ils ne mangeront que certaines parties, après les adultes. La transmission culturelle perdure durant les week-ends et les vacances scolaires.

    Les installations modernes ne sont utilisées que pour la préparation et la consommation des aliments importés.

    Le réchauffement climatique et l’attirance vers les métiers du tertiaire sont les principales causes de la perte culturelle des Inuit.

    Le réchauffement climatique

    Les gaz à effet de serre sont plus importants qu’il y a 50 ans.

    Aux pôles, avec l’effet Albédo, 80 % de l’énergie solaire repart vers l’espace contre 20 % ailleurs sur la planète. Les gaz à effet de serre maintiennent une température viable permettant la vie sur terre. L’atmosphère retenant 50 % du rayonnement.

    La problématique actuelle est en boucle : la banquise fondant, l’effet d’Albédo diminue, et le réchauffement s’accélère au pôle nord comme nulle par ailleurs sur la planète. La température est déjà montée de 2.5 °C. La superficie de la banquise est passée de 7 millions de km2 à 4 millions de km2. En 2030, la banquise permanente de la calotte glaciaire arctique du Groenland aura disparu. La durée de la banquise saisonnière a beaucoup diminué, et les Inuit ne peuvent plus se déplacer sur la glace pour aller chasser. De 16 millions de km2 en 1979, elle est passée à 14 millions de km2 en 2006. Le retrait de la banquise entraîne des difficultés au niveau de toute la chaine alimentaire. L’ours polaire se nourrit en chassant exclusivement sur la banquise. Son territoire de chasse diminue ; il a moins accès aux phoques annelés qui constituent sa principale nourriture. Il a perdu environ 50 kg de poids par individu. De plus, ses tanières s’effondrent sous les pluies. Les ours affamés s’approchent des villes.

    Le phoque annelé installe sa tanière dans l’épaisseur de la banquise, le phoque moucheté s’installe directement sur des plaques de banquise. Les deux espèces voient donc leur territoire disparaître.

    La hausse de la température a également des répercussions sur la végétation : la forêt monte progressivement et la toundra diminue. Les oiseaux s’installent. Le caribou se heurte à des plaques de glace qui l’empêchent d’accéder au lichen indispensable à son alimentation. Les insectes aussi arrivent et piquent les caribous, qui s’affaiblissent par manque de sang. La peau est donc de moindre qualité, moins épaisse, et les vêtements que les Inuit fabriquent avec sont moins chauds.

    La banquise saisonnière était la seule voie de communication pour aller d’un village à l’autre en hiver. Les noyades sont de plus en plus fréquentes parce que la glace n’est plus assez solide. La banquise est de plus en plus imprévisible et dangereuse. Même les personnes âgées expérimentées ne s’y risquent plus.

    Le dégel du sol entraîne une érosion nouvelle et l’effondrement des maisons construites sur pilotis. Un village entier (Shichmareff) s’est déjà désagrégé, et ses habitants sont devenus les premiers réfugiés climatiques.

    L’enneigement diminue et les Inuit ne peuvent plus fabriquer d’igloo.

    Le risque culturel lié au réchauffement climatique

    Les conditions atmosphériques ne permettant plus de fabriquer des igloos, le savoir de fabrication se perd. Les igloos ont été abandonnés comme habitation dans les années 1950 avec la sédentarisation. L’igloo était propre à l’arctique canadien. Les Inuit des autres régions utilisaient plutôt des habitations semi-souterraines ou des tentes, en Sibérie. Les Inuit n’avaient pas, comme du côté européen, l’apport des bois de flottage pour construire leurs habitations.

    Dans les habitations modernes de bois, le chauffage a fait son apparition (il fait environ 22°C à l’intérieur des maisons)… et avec lui le coryza, que les Inuit ne connaissaient pas.

    La banquise est le lieu de chasse de prédilection. Les périodes de chasse étant plus courtes, la technique de direction des chiens de traineau se perd. De plus, les chiens reviennent trop cher (il faut 6 phoques pour nourrir une meute pendant une semaine).

    Les aînés ont de plus en plus de mal à transmettre leur savoir traditionnel liés à la chasse.

    Les Inuit disent toutefois qu’ils vont s’adapter…

    Mais… l’ouverture d’une nouvelle voie maritime au nord de la planète  (économie de 8000 km par rapport au passage par le canal de Panama) risque d’entraîner de nouveaux conflits.

     

    La fonte de la calotte glaciaire

    En 10 ans, la calotte glaciaire a perdu 100 milliards de m3. Elle est une source d’eau douce pour le Groenland. Sa fonte entraîne une hausse du niveau des océans de 0,2 mm/an. Si rien ne change, la température augmentera de 7°C.

    Les Inuit se mobilisent

    Le protocole de Kyoto n’a pas été signé par les USA. Ce qui se passe actuellement dans le Grand Nord est un signe avant coureur de l’impact du changement climatique sur l’ensemble de la planète.

    Sheila Watt-Cloutier, ex-présidente de la conférence circumpolaire inuit, s’est engagée dans lutte écologique. En 2005, elle dépose avec 62 autres Inuit une plainte sous la forme d'un rapport de 167 pages à la commission interaméricaine des droits de l'homme qui démontre que les changements climatiques causés par la pollution des gaz à effet de serre causent des préjudices à son peuple, cause qu'elle réaffirmera dans son livre The right to be cold (Le droit au froid).

    L’accord sur les revendications territoriales du Nunavut se divise en trois catégories :

    • Les terres de la Couronne où les Inuits ont le droit de chasser, de pêcher et de piéger et dont ils sont co-gestionnaires;

    • 318 084 km2 de terres franches des Inuit en ce qui concerne les droits de superficie

    • 37 883 km2 de terres sur lesquelles les Inuit possèdent, en plus des droits de superficie, les droits d'exploitation du sous-sol. Les Inuit ont été invités à sélectionner les parcelles de terres sous chaque catégorie, en compensation pour les terres de la Couronne qui n'appartiendront pas aux Inuit.

    Le sous-sol regorge de ressource minières et fossiles (cuivre, or, argent, zinc, gaz, pétrole…). Le gouvernement compte sur l'exploitation minière et pétrolière pour assurer la viabilité économique du territoire.

    Le chamanisme

    Le terme « chamanisme » est issu de « chaman », qui désigne un intermédiaire. Il s’agit de l’une des plus anciennes formes de spiritualité de l’humanité. On le trouve au sein de nombreuses sociétés à travers le monde. Il se caractérise par une perception holistique (du grec holos, entier) de la vie, c’est-à-dire que tout est un : la terre, les animaux et les hommes, et chaque partie influence le tout. Dans le chamanisme, magie et religion, culte de la nature et croyance aux esprits se mêlent à des pratiques divines et thérapeutiques.

    Il fut interdit au moment de la christianisation du peuple inuit et jusque dans les années 1980. Dans les faits, il coexistait avec le christianisme. Actuellement, il est même revendiqué.

    Texte écrit par Flonigogne

    D’après la conférence et les documents de Sylvie Teveny à Brouage le 16/09/2010


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  •  

    Hé-hé ! vous êtes toujours là ?

    Pour accompagner la dernière conférence sur les Inuit, voici comment on fabrique un igloo dans le Grand Nord (avant le réchauffement climatique...)

    Le Traversier


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  • LES INUIT ET LE MONDE ANIMAL

    MYTHES, CHASSE ET ALIMENTATION

    (Une conférence de Sylvie Teveny)

    Cette conférence de Sylvie Teveny à la Maison de Champlain, à Brouage, s’inscrit dans la série des "rendez-vous nomades", organisés par le Conseil Général de la Charente Maritime.

    Voir taille réelle

    Sylvie Teveny, chercheur, diplômée de langue et de culture inuit, a enseigné le français et a réalisé plusieurs enquêtes de terrain en Terre de Baffin (Nunavut). Co-fondatrice et directrice de l’Espace culturel inuit à Paris et présidente de l’association Inuksuk, elle est auteur de plusieurs articles sur les négociations politiques des Inuit du Nunavik et du Nunavut et sur la création lexicale des Inuit de ces régions. Ethnologue, elle est spécialiste du monde arctique canadien.

    Après une première conférence sur l’art inuit, elle évoque ce soir ce peuple circumpolaire à travers sa perception de l’animal et de la chasse, et plus particulièrement les Inuit canadiens.

    Tout d’abord une présentation du monde Inuit s’impose, ainsi qu’un petit détail grammatical : un Inuk, des Inuit, sans « s », (« êtres humains » en Inuktitut). Autrefois, on les appelait « esquimaux » ou « eskimos » (mangeurs de viande crue), nom que leur avaient donné les Algonquins. Les Inuit vivant dans une région sans arbre, ils ne peuvent faire du feu pour cuire leurs aliments, qu’ils mangent donc crus.

    Ils sont 150 000 sur un territoire qui s’étend sur quatre pays  de la région circumpolaire : la Russie, les USA (Alaska), le Danemark (Groenland) et le Canada (Nunavik et Nunavut), soit une densité de population de 1 hab/100km2 . En France, la densité de population est de 100 hab/ km2 ! Ils ont gardé une unité culturelle avérée et parlent la même langue. Ils sont connus depuis les années 1920 grâce à Knud Rasmussen, grand explorateur et ethnologue inuit-danois qui parlait la langue inuit du Groenland.

    Les Inuit de l'Amérique du Nord ne sont pas, à proprement parler, des Amérindiens, bien qu'autochtones ; leurs ancêtres seraient venus en Amérique plusieurs millénaires après l'arrivée des Paléoasiatiques qui sont en fait, les ancêtres des Amérindiens. Vers 8000 avant J.-C. et durant les 6000 ans qui ont suivi, au moment où le détroit de Béring était envahi par la banquise, des petits groupes de chasseurs arrivent en Alaska. Il y a de fortes chances que ces gens l'aient traversé sur la banquise pour aller de l'Ancien au Nouveau Monde. Dans cette partie du détroit de Béring, d'après la situation géographique des îles Diomède, il n'y a qu'une vingtaine de kilomètres tout au plus entre deux terres.

    Leur célèbre igloo n’était utilisé que dans l’arctique canadien, en hiver. Ils vivaient durant l’été dans des tentes de peaux d’animaux. Ils ont leur propre territoire autogéré depuis 1999 (le Nunavut). Ils se sont sédentarisés dans les années 1950 pour se rapprocher des écoles, la scolarité étant devenue obligatoire dans les années 1960, et vivent dans des maisons en bois sur pilotis, le gel du sol durant la plus grande partie de l’année ne permettant pas de creuser des fondations. Ils ne sont ravitaillés par bateau qu’une fois par an, y compris pour leur maisons qui arrivent en kit.

    Les Inuit ont un système d’écriture qui leur a été apporté par les missionnaires. D’abord traditionnellement orale, leur langue a la particularité d’avoir été transcrite à partir du XIXème siècle dans un système de notation syllabique, Il s’agit d'une adaptation, dans les années 1880, de l’écriture mise au point pour le cri (langue algonquine) par le révérend Evans vers la fin des années 1830. Des missionnaires venus d’Europe influençaient les peuples de l’Arctique à adopter un système d’écriture afin de les introduire au christianisme et à la Bible.

    Les trois premières années d’enseignement se font en inuktitut, puis en deuxième langue en Anglais principalement, ou en Français dans la partie québécoise. Rappelons que la Charte canadienne des droits et libertés est enchâssée dans la Loi constitutionnelle de 1982.

    L'article 23 de la Charte porte sur l'enseignement dans la langue de la minorité de langue officielle. Cet article 23 oblige toutes les provinces canadiennes à donner un enseignement en français ou en anglais à tout citoyen canadien qui veut faire instruire ses enfants aux niveaux primaire et secondaire dans la langue dans laquelle il a reçu lui-même son instruction ».

    « Article 23

    (1) Les citoyens canadiens:

    a) dont la première langue apprise et encore comprise est celle de la minorité francophone ou anglophone de la province où ils résident,

    b) qui ont reçu leur instruction, au niveau primaire, en français ou en anglais au Canada et qui résident dans une province où la langue dans laquelle ils ont reçu cette instruction est celle de la minorité francophone ou anglophone de la province, ont, dans l'un ou l'autre cas, le droit d'y faire instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans cette langue. »

    Les étudiants peuvent mener leurs études sur place deux ans après le baccalauréat. Ils peuvent poursuivre leurs études en partant, mais très peu partent définitivement. Ils se dirigent principalement vers les métiers médicaux et paramédicaux, les professions juridiques et l’enseignement.

    Par choix, certaines familles vivent à l’écart des villages et de l’alcoolisme qui y sévit. Les traditions se perpétuent dans ses maisons isolées, mais les enfants y sont éloignés des écoles. Beaucoup de familles profitent des vacances scolaires pour partir dans des campements de tentes de toile. Les garçons y apprennent très tôt les techniques de la chasse et de la pêche, les filles à travailler et coudre les peaux.

    La chasse

    Pour les Inuit, l’environnement est source d’approvisionnement (nourriture) et d’inspiration (esprits). Ils se perçoivent comme très différents des blancs, qu’ils considèrent comme des agriculteurs : « la nourriture des occidentaux ne s’en va pas quand ils arrivent ; il suffit de la faire pousser ». Ils se différencient des autres peuples de l’Arctique. Pour eux, l’élevage est inconcevable. L’animal s’offre en cadeau ; il est une personne à part entière, libre de son destin, qui peut éprouver des sentiments. Les enfants apprennent tôt à pêcher (vers 8 ou 10 ans). Plus la prise est grosse, plus vite ils seront admis dans l’univers des adultes ; c’est leur rituel de passage de l’état d’enfant à l’état d’homme.

    Un animal essentiel aux Inuit : le caribou (l’équivalent du renne européen). Il vit près de la banquise.  Les Inuit, arrivés de Sibérie, sont un peuple du littoral. Ils ne vont dans les terres que pour chasser le gibier terrestre.

    Tout est bon dans le caribou ! Ses bois sont utilisés pour la fabrication d’outils, sa peau très chaude et très épaisse entre dans la confection des vêtements, y compris des bottes, mais est également utilisée pour la fabrication des tentes et des couvertures. Le tendon de caribou est un fil à coudre très recherché : gonflant avec l’humidité, il rend les vêtements parfaitement imperméables.

    Le mâle perd ses bois en avril, la femelle à l’automne.

    L’ours polaire est classé entre animal terrestre et animal maritime. Il vit essentiellement sur la banquise et se nourrit de phoques.

    Les phoques. Le phoque annelé se reproduit très rapidement : 1 500 000 naissances chaque année.

    La chasse au phoque est collective, et inspirée de celle de l’ours. Les chasseurs attendent le phoque à ses trous de respiration. Même les femmes participent à cette chasse, avec leur bébé sur le dos. Elles se contentent de le faire replonger en faisant beaucoup de bruit, pour l’obliger à se diriger vers un autre trou où l’attendent les hommes, armés.

    Le narval et autres cétacés : cette chasse requiert un grand nombre de participants. Un cétacé pourra par ailleurs nourrir tout le village pendant plusieurs semaines.

    Une chasse fructueuse est la convergence de deux volontés :

    • Celle de l’animal qui décide de s’offrir
    • Celle du chasseur, soumis à la volonté de l’animal qu’il faut respecter et séduire. On donne par exemple de l’eau douce au phoque qui s’est laissé attraper pour le remercier. Ainsi, l’âme du phoque repartira à la mer pour expliquer aux autres phoques que l’homme qui l’a attrapé est un bon chasseur.

    Les règles de bonne conduite du chasseur :

    1. Le chasseur Inuk ne gaspille rien : tout est utilisé dans l’animal
    2. Il ne chasse pas plus que ce qu’il ne peut consommer, transporter, conserver et stocker
    3. Il doit respecter et ne pas se moquer de l’animal (sous peine de représailles)
    4. Il ne fait pas souffrir inutilement l’animal
    5. L’animal doit s’offrir et le chasseur l'en remerciera

    Une fois tué, l’animal est dépecé ; c’est le travail des femmes dès la puberté. Elles grattent la graisse avec un couteau spécial, l’ulu. Ensuite, elles lavent la peau, puis la mettent à sécher, à l’intérieur de l’habitation, puis en extérieur pendant plusieurs mois.

    La femme a un rôle très important de couture. Le chasseur porte de beaux vêtements confectionnés dans la peau des animaux chassés, pour montrer à leurs congénères le sort qui sera réservé à la leur. Le vêtement s’enfile toujours par la tête, et respecte le sens du corps de l’animal : la tête de l’animal pour la capuche, l’échine pour le dos, les pattes pour les jambes. Les franges empêchent la peau de rouler, et on évite les coutures inutiles.

    Actuellement, les Inuit utilisent des matériaux synthétiques ou le coton pour la confection de leurs hauts de vêtement. Par contre, les pantalons, bottes, moufles et capuches restent exclusivement faits de peaux animales.

    Les Inuit sont depuis quelques années soumis à des quotas de chasse qu’ils comprennent difficilement dans la mesure où ils respectent leur code de bonne conduite de chasse. C’est comme si on nous demandait de « sauver le bébé veau » ! Ils ont du mal à s’adapter à un monde dans lequel ils ne peuvent plus se nourrir du gibier de l’Arctique. Leur alimentation riche leur permet de se protéger du froid. Le gibier chassé est toujours partagé. La viande est mangée crue, à même le sol. Ils trouvent la vitamine C indispensable dans l’épiderme des mammifères marins et dans la peau de certains poissons, dans les abats. Les hommes mangent en premier, puis les femmes, puis les enfants, certains morceaux seulement.

    La chasse reste encore aujourd’hui hautement valorisée, mais elle est devenue extrêmement onéreuse du fait de la sédentarisation et de l’éloignement du gibier. Il faut maintenant avoir les moyens d’acheter du matériel (canoë, motoneige) et d’entretenir une meute de chiens. Les Inuit cherchent par conséquent à avoir un emploi sédentaire pour percevoir un revenu suffisant.

    Le chien. Le chien n’est pas vraiment considéré comme un animal ; il est classé à part, du fait qu’on ne le mange pas. Il est le seul animal qui acquiert un nom, qui peut être celui d’un bon chasseur. Il est le mari de Sanna, la déesse de la mer. Il accompagne le chasseur. Il est l’ancêtre des Inuit, des Européens et des esprits dans la mythologie inuit.

    Les Inuit vivent actuellement principalement du tourisme et de leur art (objets sont fabriqués avec des matériaux naturels : vertèbres, poils, griffes).

    Religion et chamanisme

     Le chamane était l’intermédiaire entre les humains et les esprits. Actuellement, tous les Inuit du Canada sont christianisés ; ils sont pour la plupart anglicans, mais restent chamaniques dans les esprits.

    Un système d’adoption répandu

    Dès 14 ans, les jeunes femmes sont mamans. Elles vont au lycée avec leur bébé. Ce bébé est souvent donné en cadeau aux grands-parents. Elles auront en moyenne quatre enfants.

    Voilà ce que Sylvie Teveny nous a fait découvrir. Passionnante conférence. La prochaine conférence sera sur :

    Le réchauffement climatique dans l’Arctique
    et ses incidences sur la vie quotidienne des Inuit
     
    Le jeudi 16 septembre à 17h30 à la maison Champlain à Brouage

     

    Texte écrit par Flonigogne
    d’après la conférence de Sylvie Teveny à Brouage le 09/10/2010
     
     
    Quelques liens pour aller plus loin :
     
     
     

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  • Brouage (17), Maison Champlain

    Du 7 juillet au 19 septembre 2010

    - Exposition « Carnet de voyage », photos et objets de quotidien d’une famille inuit du Nunavut. Exposition proposée par l’association Inuksuk. Photographies de Pierre Mérat.
    Entrée libre. Tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30.

    Cycle de conférences proposées par Sylvie Teveny, ethnologue, directrice de l’Espace culturel inuit :

    • Le jeudi 26 août 2010 à 17 h 30 : « l’art inuit »

    • Le jeudi 9 septembre 2010 à 17 h 30 : « Les relations homme/animal chez les Inuit : mythes, chasse, alimentation… »

    • Le jeudi 16 septembre 2010 à 17 h 30 : « Le réchauffement climatique dans l’Arctique et ses conséquences sur la vie quotidienne des Inuit »

    Plus d’infos au 05 46 85 80 60.


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