• Couleurs d'automne

    Juste pour les plaisirs des yeux, car de ce côté-ci de l'Atlantique aussi l'automne revêt des couleurs de feu :

     

    Matin d’octobre

    C’est l’heure exquise et matinale

    Que rougit un soleil soudain.

    A travers la brume automnale

    Tombent les feuilles du jardin.

     

    Leur chute est lente. On peut les suivre

    Du regard en reconnaissant

    Le chêne à sa feuille de cuivre,

    L’érable à sa feuille de sang.

    Les dernières, les plus rouillées,

    Tombent des branches dépouillées ;

    Mais ce n’est pas l’hiver encore.

    Une blonde lumière arrose

    La nature, et, dans l’air tout rose,

    On croirait qu’il neige de l’or.

     

    François COPPÉE (1842-1908) Promenades et Intérieurs

     

     

    Chanson d’automne (extrait)

    Déjà plus d’une feuille sèche
    Parsème les gazons jaunis ;
    Soir et matin, la brise est fraîche,
    Hélas ! Les beaux jours sont finis !

    On voit s’ouvrir les fleurs que garde
    Le jardin, pour dernier trésor :
    Le dahlia met sa cocarde
    Et le souci sa toque d’or.

    La pluie au jardin fait des bulles ;
    Les hirondelles sur le toit
    Tiennent des conciliabules :
    Voici l’hiver, voici le froid !
    (…)

    Théophile GAUTIER (1811-1872)  Émaux et camées

     

     

    L’automne

    On voit tout le temps, en automne,
    Quelque chose qui vous étonne,
    C’est une branche, tout à coup,
    Qui s’effeuille dans votre cou.

    C’est un petit arbre tout rouge,
    Un, d’une autre couleur encor,
    Et puis, partout, ces feuilles d’or
    Qui tombent sans que rien ne bouge.

    Nous aimons bien cette saison,
    Mais la nuit si tôt va descendre !
    Retournons vite à la maison
    Rôtir nos marrons dans la cendre.

    Lucie DELARUE-MARDRUS (1874-1945)

     

     

    Le ciel est par dessus le toit

    1.

    Le ciel est par-dessus le toit,

    Si bleu, si calme !

    Un arbre, par-dessus le toit,

    Berce sa palme,

    2.

    La cloche dans le ciel qu'on voit

    Doucement tinte

    Un oiseau sur l'arbre qu'on voit

    Chante sa plainte.

    3.

    Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là -

    Simple et tranquille.

    Cette paisible rumeur-là Dis,

    Vient de la ville.

    4.

    Qu'as tu fais, ô toi que voilà

    Pleurant sans cesse,

    Qu'as-tu fait, toi que voilà

    De ta jeunesse ?

    (Paul Verlaine - Sagesse, vers écrits en prison)

     

     

     

    Villanelle

    Une feuille d'or,
    une feuille rousse,
    un frisson de mousse,
    sous le vent du nord.

    Quatre feuilles rousses,
    quatre feuilles d'or,
    le soleil s'endort
    dans la brume douce.

    Mille feuilles rousses,
    que le vent retrousse.
    Mille feuilles d'or
    sous mes arbres morts.

    Alain Debroise ("Deux sous d'oubliettes")

    *villanelle : à partir du XVIe siècle, chanson pastorale et populaire ancienne sous forme d'un poème.

     

     

     

    Voici que la saison décline,

    L'ombre grandit, l'azur décroît,

    Le vent fraîchit sur la colline,

    L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.

     

    Août contre septembre lutte ;

    L'océan n'a plus d'alcyon ;

    Chaque jour perd une minute,

    Chaque aurore pleure un rayon.

     

    La mouche, comme prise au piège,

    Est immobile à mon plafond ;

    Et comme un blanc flocon de neige,

    Petit à petit, l'été fond.

     

    Victor HUGO

     

     

     

    Chanson des escargots qui vont à l'enterrement

    À l'enterrement d'une feuille morte
    Deux escargots s'en vont
    Ils ont la coquille noire
    Du crêpe autour des cornes
    Ils s'en vont dans le soir
    Un très beau soir d'automne
    Hélas quand ils arrivent
    C'est déjà le printemps
    Les feuilles qui étaient mortes
    Sont toutes ressuscitées
    Et les deux escargots
    Sont très désappointés
    Mais voilà le soleil
    Le soleil qui leur dit
    Prenez prenez la peine
    La peine de vous asseoir
    Prenez un verre de bière
    Si le coeur vous en dit
    Prenez si ça vous plaît
    L'autocar pour Paris
    Il partira ce soir
    Vous verrez du pays
    Mais ne prenez pas le deuil
    C'est moi qui vous le dit
    Ça noircit le blanc de l'oeil
    Et puis ça enlaidit
    Les histoires de cercueils
    C'est triste et pas joli
    Reprenez vos couleurs
    Les couleurs de la vie
    Alors toutes les bêtes
    Les arbres et les plantes
    Se mettent à chanter
    À chanter à tue-tête
    La vraie chanson vivante
    La chanson de l'été
    Et tout le monde de boire
    Tout le monde de trinquer
    C'est un très joli soir
    Un joli soir d'été
    Et les deux escargots
    S'en retournent chez eux
    Ils s'en vont très émus
    Ils s'en vont très heureux
    Comme ils ont beaucoup bu
    Ils titubent un petit peu
    Mais là-haut dans le ciel
    La Lune veille sur eux.

    Jacques Prévert ("Paroles")

     

     

     

    Trois feuilles mortes

    Ce matin devant ma porte,
    J'ai trouvé trois feuilles mortes.

    La première aux tons de sang
    M'a dit bonjour en passant
    Puis au vent s'en est allée.

    La seconde dans l'allée,
    Au creux d'une flaque d'eau
    A sombré comme un bateau.

    J'ai conservé dans ma chambre
    La troisième couleur d'ambre.

    Quand l'hiver sera venu,
    Quand les arbres seront nus,
    Cette feuille desséchée,
    Contre le mur accrochée
    Me parlera des beaux jours
    Dont j'attends le gai retour.

    Raymond Richard

     

     

    La graine

    Au clair de l'automne
    Mon ami Pierrot ,
    La petite feuille est morte ;
    Ouvrez -lui la porte ;
    Au clair de la laine
    Est rangée sa graine.

    Chut !
    Fermez bien vos mains
    Comme une boîte à bijoux ;
    Il va pleuvoir jusqu'aux mois doux.

    Alain Serres

     


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