• Il était une fois... un certain Michel Braud

    Il était une fois… un certain Michel Braud

     

    Michel Braud vit le jour le 14 mai 1929 dans le petit village saintongeais de Torxé, situé à 10 km de Saint-Jean-d'Angély. Son père, André, était issu d’une famille d’ouvriers agricoles, devenus métayers à Gratte-Loup avant d’être propriétaires d’une toute petite ferme appelée la Pisselouve. Tous ces avatars de canis-lupus n’empêchèrent guère la grand-mère d’avoir quelques chèvres et de faire un excellent fromage.

     

     

     

    A 8 ans, il ne savait ni lire ni écrire, l’institutrice du village passant plus de temps à lire des romans qu’à instruire les enfants qui lui étaient confiés. Malgré ce mauvais démarrage, il passa brillamment son certificat d’étude à 12 ans. Le vélo offert pour l’occasion sera son premier compagnon de voyage ; ils parcoururent ensemble quelques milliers de kilomètres.

    Il se souvenait avec tendresse de ses années d’enfance. Ses jouets ? Il les fabriquait lui-même. La vie était rude et la famille vivait en autarcie : quelques lapins, une basse-cour, la chasse et la pêche, la cueillette, un peu de troc, un porc annuel (le goret). Il évoque dans ses mémoires les travaux agricoles d’avant-guerre, la grande lessive de printemps (la bujhée), les veillées du temps où la télévision n’avait pas encore cloué le bec aux conteurs familiaux, la fraternité et la convivialité de l’époque.

    Excellent élève donc, il fit ensuite ses études secondaires au collège de Saint-Jean-d'Angély, alors hébergé dans l’Abbaye Royale. Il y cohabitera durant la seconde guerre mondiale avec l’armée allemande qui y avait installé la Kommandantur. Ses premiers voyages furent livresques :


    Sa collection de timbres fut également un allié précieux de son apprentissage géographique, surtout en période d'examen...

    Matheux et scientifique, il dut (sans le savoir) au principal du collège de Saint-Jean-d'Angély d’entrer à Louis le Grand à Paris. Puis il envisagea  Polytechnique ou Navale avant d’opter pour des études d’agronomie pour rester dans la tradition familiale.

    Il fera sa formation à l’institut agronomique de Grignon, pour se spécialiser dans la culture cotonnière.

    Le service militaire lui fera découvrir le Maroc, et ce sera son premier contact avec l’Afrique. Il y sera d’abord stagiaire et y contractera le paludisme. Libéré des ses obligations militaires, il retournera en Afrique, où il travaillera durant une quarantaine d’année. Il y vivra avec femme et enfants. Une des ses filles y naîtra sur le bord de la route et sera surnommée « Walli ti légué » (la fille de la route).

    Devenu très vite chef d’exploitation, il travaillera dans toute l’Afrique durant plusieurs décennies. Parallèlement, il sillonnera le monde, de l’Amérique à l’Asie, partout où on cultive le coton: Bolivie, Paraguay, Azerbaïdjan, Turkménistan, Chine en particulier au Xinjiang, en Australie, au Japon.... Il découvrira l’informatique en 1970 et sera à l’origine du premier programme de gestion de la culture cotonnière, ainsi que du premier satellite de surveillance des champs cotonniers. Il finira sa carrière comme directeur scientifique de l’IRCT (Institut de recherche du coton et des textiles exotiques). Il sera un des pionniers du télé travail en désertant son bureau parisien pour la maison familiale de Torxé.

     

    Il fera plus de 2.500.000 km en avion et vivra  des aventures multiples qu’il raconte dans son dernier livre.

    Il recevra la médaille d'officier de l’Ordre National du Mérite...

    Voilà pour Michel Braud « Monsieur Coton ». Mais il était encore plus que cela. Né, baptisé, marié à Torxé, il eut cinq enfants, dont plusieurs sont nés en Afrique. Sa première épouse, Jacqueline, mourut de la maladie d’Alzheimer. Il retrouva le bonheur avec Odile, sa seconde épouse, qu’il épaula quand elle fut elle à son tour malade. Il a su dans son magnifique livre « PAYSANS DU MONDE », leur rendre hommage.

    Libéré de ses obligations professionnelles, même si le coton restait sa passion, il s’investit dans de multiples domaines. Devenu président de l’amicale des anciens élèves du collège de Saint-Jean-d'Angély, il réalise un annuaire des élèves, et surtout crée le musée et remet à l'honneur le  bulletin de l'amicale "Entre-nous"...

    Dans son village, il s’était investi en devenant conseiller municipal. Il écrivit un livre : « Torxé, une petite commune ordinaire de Saintonge ». Il s’était également pris de passion pour un moulin, le Moulin de Saint-Marmé, et était secrétaire de l’association qui gère sa restauration.

    Il fut un membre principal de l’association «Val de Boutonne-Louisiane », qui deviendra « Val de Boutonne-Louisiane-Québec ». Il fit un voyage en 1995 à Lafayette. Lui et son épouse Odile contacteront le CODOFIL . Il aura l’idée d’un jumelage triangulaire France-USA-Canada autour de la francophonie et sera du voyage de 2006 à Saint-Sulpice (Québec) au moment de la signature du pacte d’amitié entre le village québécois et Saint-Jean-d'Angély. Il était l’un des vice-présidents de l’association.

    Il se passionnera pour ses origines et réalisera un arbre généalogique des Braud. Il participera en 1999 aux retrouvailles des Acadiens qui se regroupent par patronyme : les Braud étaient 400. En Louisiane, on lui dira « Ici, les Braud, c’est comme une poche à sucre : quand on secoue, il en sort de partout ».

    Michel avait aussi un sens aigu de l’humour : il riait de la vie et de ce qu’elle lui avait réservé, il riait de lui. Il aimait à faire rire les autres. Deux de ses « poissons » du 1er avril sont restés célèbres : il annonça que la Boutonne était envahie par les alligators de Louisiane. L’an dernier, il annonça très officiellement dans la presse que seule la circulation hippomobile serait désormais autorisée à Saint-Jean-d'Angély.

    Michel était la gentillesse même.

    Il avait voulu retourner en Afrique une dernière fois, avant de ne plus en avoir la force physique. Il a beaucoup donné à ce continent qui lui arracha la vie sur une route du Burkina-Faso, le 15 mars dernier.

    Nombreux sont ceux qui vinrent lui dire « au-revoir », dans l’église, puis dans le cimetière de Torxé, mais pas de message de l’Afrique.

    Tu nous manqueras, Michel.

    Flonigogne

     

    Le rôle du coton dans le développement économique de l'Afrique, par Michel Braud

    Histoire des Braud(s) Acadiens par Michel Braud


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