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Par FTV avec AFP

Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 juin 2010
AFP - Rod Lamkey JR
Mais pour la Maison Blanche un accord final n'a pas encore été conclu. Barack Obama qui recevait mercredi les dirgieants de BP devaient les sommer d'indemniser des victimes de la marée noire du golfe du Mexique.
Mardi soir, il avait évoqué à la télévision un combat de longue haleine contre la pire catastrophe écologique de l'histoire des Etats-Unis.
Le groupe pétrolier britannique BP a accepté de placer 20 milliards sur un compte bloqué, a révélé le New York Times
Mais pour la Maison Blanche un accord final n'a pas encore été conclu. Barack Obama qui recevait mercredi les dirgieants de BP devaient les sommer d'indemniser des victimes de la marée noire du golfe du Mexique.
Mardi soir, il avait évoqué à la télévision un combat de longue haleine contre la pire catastrophe écologique de l'histoire des Etats-Unis.
S'exprimant pour la première fois depuis le bureau ovale, le président américain a comparé la marée noire du golfe du Mexique à "une épidémie" que les Etats-Unis combattront "pendant des mois et même des années et affirmé que "le temps d'adopter les énergies propres est venu".
Huit semaines après le naufrage d'une plateforme gérée par la société britannique au large des côtes de Louisiane (sud), Barack Obama devait aborder avec le président de BP Carl-Henric Svanberg et le directeur général du groupe Tony Hayward la prise en charge des dramatiques conséquentes de cette marée noire. "Nous ferons payer BP pour les dégâts que cette entreprise a provoqués", a lancé le président américain. Il a aussi confirmé qu'il allait ordonner à la société de créer un fonds d'indemnisation indépendant afin de dédommager les victimes de la marée noire.
Des élus du Congrès ont demandé à BP de provisionner 20 milliards de dollars sur un compte bloqué, ce que la compagnie n'a pas pour l'instant accepté. "Je l'informerai qu'il doit mettre à disposition toutes les ressources nécessaires pour dédommager les travailleurs et les entrepreneurs qui ont été les victimes de l'inconscience de cette entreprise", a affirmé M. Obama à propos de M. Svanberg.
Il n'a en revanche pas détaillé la façon dont il espérait débloquer au Sénat la loi sur l'énergie et le climat censée permettre aux Etats-Unis de ne plus dépendre à terme des carburants fossiles.
Nouvelles estimations
Les autorités américaines ont une nouvelle fois révisé à la hausse mardi l'étendue de la pollution, estimant que jusqu'à 60.000 barils de brut se déversaient quotidiennement dans l'océan, soit 50% de plus que la précédente estimation "haute", qui datait de jeudi.
Entre 300 et 500 millions de litres d'hydrocarbures auraient donc fui depuis huit semaines du puits sous-marin au large des côtes de Louisiane, à la suite de l'explosion meurtrière et du naufrage d'une plateforme exploitée par l'entreprise britannique BP.
Accusé d'avoir laissé à BP trop d'amplitude dans la gestion de la marée noire, le président américain tente de reprendre la main. "De la même façon que le 11 septembre 2001 a durablement modelé la manière dont nous percevons nos faiblesses et notre politique étrangère", a expliqué le président américain, la marée noire - la pire de l'histoire des Etats-Unis - "va nous pousser à repenser notre politique environnementale et énergétique pour les années à venir".
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Le président Barack Obama a donc finalement obtenu mercredi que les dirigeants de BP, convoqués à la Maison Blanche, acceptent de mettre 20 milliards de dollars de côté pour indemniser les victimes de la marée noire qui ne cesse de s'étendre au large des côtes américaines.
Une source proche du dossier a confirmé à l'AFP que BP allait placer ces 20 milliards sur un compte bloqué, une perspective à laquelle le groupe britannique avait paru résister au cours des derniers jours. <btn_noimpr> </btn_noimpr>
L'annonce est survenue, près de deux mois après l'explosion de la plate-forme exploitée par BP au large de la Louisiane, alors que Barack Obama a reçu les dirigeants de BP pour les sommer d'indemniser des victimes. Le président de BP Carl-Henric Svanberg, le directeur général du groupe Tony Hayward et le patron de BP Amérique Lamar McKay sont arrivés peu avant 10 heures (16 heures en France) à la Maison Blanche pour un entretien avec le président des Etats-Unis.
La rencontre est fermée à la presse, mais le président des Etats-Unis a prévu de s'exprimer en milieu d'après-midi (16 heures locales) sur ce thème quelques heures après son discours à la Nation prononcé depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche.
Le président a souligné «l'inconscience» de la compagnie dans cette affaire. Critiqué pour son manque de fermeté face à la compagnie pétrolière BP, Barack Obama a durci le ton, évoquant la «pire catastrophe écologique» de l'histoire des États-Unis. Pour le président américain, cette pollution est une «épidémie». «Ce n'est pas un événement ponctuel qui provoque des dégâts en quelques minutes ou quelques jours», a-t-il déclaré. L'impact économique de la marée noire devrait être ressenti durant plusieurs années, selon Barack Obama.
Plus de 300 millions de litres de pétrole ont déjà été rejetés dans la mer depuis l'explosion de la plateforme pétrolière. Mardi, l'estimation de l'étendue de la pollution a encore une fois été revue à la hausse. Selon les autorités américaines, plus de 60 000 barils de pétrole s'écoulent chaque jour dans l'océan. Ces prévisions sont supérieure de 50% à celles de jeudi 10 juin.
«BP doit payer»
Pour le président américain, c'est à BP de payer : «Nous ferons payer BP pour les dégâts que cette entreprise a provoqués», a insisté le président américain tout en insistant sur la mutation énergétique à laquelle les Etats-Unis doivent se préparer : la marée noire montre que «le temps d'adopter les énergies propres est venu», a souligné Barack Obama.
Mots clés : Marée noire, BP, LOUISIANE, USA, Erin Brockovitch
16/06/2010 | Mise à jour : 00:17

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En débardeur et casquette, Erin Brockovich est arrivée au restaurant Charlie du village de Violet, sur la rive est du Mississippi, suivie de plusieurs caméras de télévision. Sérieuse et concentrée, elle s'est immédiatement installée dans l'arrière-salle où l'attendaient une cinquantaine de pêcheurs et leurs familles.
Pendant trois jours, la célèbre militante écologiste, immortalisée par l'actrice Julia Roberts en 2000, a sillonné sans répit les bayous de Louisiane pour alerter la population des dangers causés par le déversement par BP de presque 4 millions de litres des dispersants Corexit 9 500 et EC9527A dans le golfe du Mexique.
Soixante et onze personnes, dont 29 affectées au nettoyage de la marée noire et 21 travaillant sur des plates-formes de forage, sont tombées malades au contact du dispersant. Les causes de leurs maux (migraines, étourdissements, essoufflements) n'ont pas été déterminées, mais BP a suggéré la possibilité d'empoisonnements alimentaires et elle a décidé de confisquer les uniformes des malades hospitalisés pour éviter qu'ils ne soient testés pour contamination.
«Alors que j'effectuais une visite au large, j'ai observé un navire sur lequel on lisait “Cargaison dangereuse, ne pas approcher”. Pourtant, aucune des personnes présentes sur ce bateau affecté au nettoyage ne portait la moindre protection», s'indigne Erin. Ce manque de précautions élémentaires plonge dans l'angoisse l'épouse du pêcheur David Chauvin, Kim, dont les deux fils de 20 et 21 ans ont été recrutés pour nettoyer la marée noire en mai dernier.
«J'ai demandé en vain à BP de leur fournir des masques respiratoires, se lamente Kim. Mais BP assure qu'il n'y a aucun danger.» Pourtant, un pêcheur de Grand Isle affirme que la compagnie pétrolière aurait refusé de distribuer des masques respiratoires pour couper court aux rumeurs de toxicité du dispersant. «On nous a dit que ça ferait mauvais effet», affirme-t-il.
Sur l'autre rive du Mississippi, à Belle Chasse, BP a organisé une soirée portes ouvertes pour répondre aux questions et préoccupations des pêcheurs. Parmi les experts présents, le biologiste marin et membre de l'agence National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), Jordan Staut, affirme lui aussi que le dispersant est presque inoffensif puisque biodégradable. «Il se désintègre et se disperse naturellement après quelques jours», explique-t-il. «Évidemment, ce n'est pas idéal car sous l'effet du dispersant, le brut est coulé dans la colonne d'eau. Mais c'est la meilleure solution.» M. Staut distribue des brochures expliquant dans un langage simpliste que le Corexit est comparable au savon.
En réalité, on ignore les effets à long terme de l'utilisation de ces dispersants non seulement sur l'écosystème du golfe du Mexique, mais aussi sur les résidents de son littoral, une fois que la nappe de brut aura enseveli les plages de Louisiane, d'Alabama, du Mississippi et de Floride. En effet, jamais de telles quantités n'ont été utilisées auparavant.
Au lendemain de l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon le 20 avril dernier, l'Environmental Protection Agency (EPA) a d'abord exigé de BP qu'elle cesse de vaporiser Corexit avant de s'incliner quelques jours plus tard, sous la pression du géant pétrolier. Ce n'est que le 8 juin dernier que l'agence gouvernementale a finalement cédé aux exigences du public et de la presse en révélant enfin les agents chimiques contenus dans le dispersant (jusque-là, le secret avait été gardé). Ils sont au nombre de huit. L'un d'eux, le 2-Butoxyethanol, est extrêmement toxique.
Parmi les caractéristiques de ce produit citées par l'EPA, on apprend qu'il «doit être manipulé comme un cancérigène - avec une extrême prudence» ; que son «contact peut irriter la peau et endommager les yeux»; qu'il peut «causer des nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales ; migraines, étourdissements, évanouissements et vertiges»; enfin qu'il peut «endommager les reins et le foie».
L'utilisation des dispersants était censée empêcher le pétrole d'atteindre le littoral en le dissolvant. On sait aujourd'hui que le brut a malgré tout trouvé le chemin des plages. «Vous allez devoir suivre votre instinct, a donc conseillé Erin aux familles de pêcheurs. Vous êtes sur votre territoire. Vous allez devoir vous protéger.» Kim Chauvin acquiesce. Elle pense à ses fils, là-bas au large. Deux de leurs collègues sont tombés malades. Mais s'ils parlent de leurs conditions de travail, ils perdront le seul emploi qui leur reste : le nettoyage de la nappe.
LIRE AUSSI :
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Au pays de l’info et de la liberté d’expression, accéder aux sites pollués par la marée noire peut s’avérer très compliqué. Rien de vraiment interdit, mais tout n’est pas permis.
Pas les oiseaux.
Cap’tain Craig Bielkiewicz - la faute à la marée noire - a remplacé ses clients touristes par des clients journalistes qu’il emmène au large des côtes de Louisiane, voir les opérations de nettoyage et les oiseaux mazoutés. Ce jour-là, il se fait aborder, à la sortie du port, par un bateau des garde-côtes.
«- Pouvez-vous laisser la zone libre, ici? »
Craig: « - Il y a une raison légale à cela? »
La garde-côtes: « - On nous a juste demandé d’avertir que ça va être une zone chaude, ici… »
Ici ? Dans le chenal qu’empruntent tous les bateaux ? Craig a le sourire narquois. « Zone chaude, n’importe quoi. Ça, c’est BP (la compagnie pétrolière qui gérait Deepwater Horizon, la plateforme fuyant au fond du golfe du Mexique) Ils ne veulent pas que des journalistes prennent des photos d’oiseaux, ça les énerve. C’est BP qui actionne les boutons. »
Zones interdites.
Sur le port de Grand Isle, le quai d’embarquement des bateaux de pêche, qui partent nettoyer en mer le pétrole et celui où arrivent les oiseaux mazoutés sont inaccessibles. « Ne dépassez pas la ligne jaune, Madame! » Le militaire a sauté de son pliant, avant même qu’on ait fait un pas. Si vous demandez à accéder au quai, on vous balade d’un poste de commandement à un autre, vous délivrant une autorisation pour vous rendre… sur la plage, mais seulement dans les zones non souillées par le pétrole. Là, difficile de photographier les travailleurs en combinaisons blanches. Des garde-côtes montent la garde à chaque chemin d’accès: « Ce n’est pas possible sans autorisation. » De qui ? Pour quoi ? Impossible de le savoir.
700 nettoyeurs et 150 militaires.
Entre des tractopelles et des camions sur l’estran, les travailleurs, qui nettoient la plage, viennent de toute la Louisiane. Ils ont été recrutés lors d’une foire à l’emploi à La Nouvelle Orléans, par une agence d’intérim. Beaucoup sont chômeurs. Et Noirs. Ils ont passé des tests et suivi 8heures de formation avant de se mettre au travail, payé 12 dollars de l’heure, plutôt mieux que la moyenne dans la région. Ils dorment à plusieurs dans des motels miteux et bondés. A côté du port, la centaine de militaires sont logés dans d’immenses trailers à 16 roues. Ils contrôlent les passages et accueillent les hélicos sur la plage. État de siège. « La guerre », a dit le gouverneur Jindal.
Silence des pêcheurs.
Selon son attaché de presse, BP, qui commande les opérations de nettoyage, « n’impose aucune restriction. S’il y en a, elles viennent de l’État de Louisiane ou de l’État fédéral », affirme Curtis Thomas. Et le silence imposé aux pêcheurs payés pour participer au nettoyage? « On a fait une erreur, on leur a fait signer un contrat standard par lequel ils s’engageaient à ne rien dire ni porter plainte contre la compagnie. Mais on l’a changé depuis. »
Claire THÉVENOUX.

+ LIRE. Les coulisses du reportage
Louisiane. De notre envoyée spéciale
À Grand Isle, il n'y a bien que Dan Howells pour dire : « Il faut s'éloigner du pétrole, aller vers les énergies renouvelables. » Mais Dan est un gars de Washington. Il n'habite même pas dans l'île. Depuis qu'Obama a décidé de suspendre les activités de plateformes pétrolières, la remise en cause des choix énergétiques des États-Unis monte un peu partout dans le pays. Sauf en Louisiane. Et sûrement pas à Grand Isle.
« Ils me font rire, les écolos ! À quoi roulent leurs voitures ? », s'agace Craig Bielkiewicz. À cette époque de l'année, ce capitaine emmène des dizaines de pêcheurs taquiner la truite de mer. Avec la marée noire, plus un touriste. Craig, « tellement déçu par BP », refuse d'aller ramasser le mazout au large pour le compte de la compagnie. « Ils ont essayé de le cacher, de le disperser, de le faire couler alors qu'il aurait fallu le laisser flotter pour le récupérer. » Mais pas question de taper sur l'industrie du pétrole. Arrivée dans les années 30, elle a annexé cette région suspendue sur l'eau. « Tout le monde a besoin de carburant, ici, les magasins, les bateaux... »
Rodéos de pêche
Grand Isle, écrasée de soleil, confite d'humidité. Pour y arriver, il faut traverser le bayou La Fourche, ponctué de sites d'extraction de gaz naturel, quadrillé de pipelines, s'envoler sur un viaduc au-dessus du bayou. Grand Isle, dix kilomètres tout en longueur, le bout du bout, le Sud profond, la fin de la route. Le 3 juin, le mazout vomi par Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, a touché ses plages blanches.
Dans le bourg, entre les maisons sur pilotis, fleurissent les pancartes : « Plage interdite », « Honte à BP », « Parc naturel national » et, juste en face, « Exxon ».« C'est une centrale d'énergie pour les plateformes en mer », assure Jeff Satsky. Torchère, cuves... « Il y a aussi un site d'extraction Chevron à côté. »
Jeff, 45 ans, sec et tanné, a conduit des grues sur des plateformes dans le monde entier. « Tout était contrôlé, les règles respectées, pas cette fois-ci... » À Grand Isle, il charge, de nuit, les bateaux ravitaillant les puits de pétrole en haute mer. « Mon grand-père pêchait la crevette. Ceux qui travaillent dans l'industrie de la pêche sont foutus pour des années. »
Ici, entre baie et golfe, poissons et crustacés sont interdits depuis plusieurs semaines. La région est si poissonneuse qu'en temps normal, on organise tout l'été des rodéos de pêche, directement de la plage. « Tous nos rodéos ont été annulés, se désespère Missy Raum, serveuse au Starfish, où l'on sert le meilleur « gumbo » (soupe de crustacés et poissons) de l'île. C'est notre plus gros business de l'année qui s'envole. » Mary Jackson, 58 ans, emmenait chaque jour son petit-fils relever les pièges à crabes : « Toute ma vie est en train de changer. »
Les Saints à la salle des fêtes
Que ce soit pour vivre ou s'amuser, on pêche de père en fils, de mère en fille. D'ailleurs, il n'y a que ça à faire dans l'île... Autant dire qu'en ce moment, le moral est au plus bas.
Mardi, deux joueurs et le coach des Saints, l'équipe de football américain de la Nouvelle Orléans, sont venus à la salle des fêtes soutenir les habitants. La nouvelle a fait le tour de l'île comme une fusée. « On avait bien besoin de ça pour nous aider à tenir le coup, souligne Jeanine Braud.J'ai le coeur brisé. » Une psychologue, qui parcourt la commune à vélo, relève des sentiments de « colère, instabilité, peur de l'avenir ».
Mais personne ne souhaite le départ du pétrole : « Ce sont nos emplois qui sont en jeu », dit un pêcheur. Combien ? Les chiffres - balancés par les élus locaux républicains à la face de l'administration Obama, repris à l'envi par la radio locale WWL - oscillent entre 30 000 et 100 000. Pas une épouse, pas un frère, qui ne travaille pour l'or noir. La menace contre les pétroliers laisse ici perplexe même une Démocrate assumée, rencontrée un soir : « Soit Obama a une stratégie, soit il fait une erreur. »
Le “Sunshine State”, qui a toujours refusé les forages en haute mer pour mieux se consacrer au tourisme, n’est pas épargné par le désastre écologique en cours dans le golfe du Mexique.
17.06.2010 | Damien Cave |
CARTOONS
Périlleux

© AFP
Le président américain en compagnie du Gouverneur de Floride Charlie Crist, le 15 juin sur une plage de Pensacola
Quand on a commencé à exploiter le pétrole au large des côtes de la Louisiane, dans les années 1940, les Floridiens ont regardé leur littoral, ses stations balnéaires et ses plages de sable blanc, et ont dit aux autres Etats du golfe du Mexique : non merci, vous pouvez continuer vos forages, nous allons nous en tenir au tourisme. Mais la marée noire de BP a déjà atteint l’extrême ouest de l’Etat. Si elle parvient, portée par les courants, jusqu’aux récifs et aux lieux de pêche réputés des deux côtes de la péninsule, la Floride risque de devenir un lieu de vacances régi par les mêmes règles qu’un musée : on regarde mais on ne touche pas. Tout cela parce que les autres Etats [du golfe du Mexique] ont décidé de miser sur le pétrole et le gaz naturel, fulminent les Floridiens ; tout cela parce que, dans l’eau, il n’y a pas de frontières, seulement des courants capables de répandre les catastrophes sur des centaines de kilomètres.
Beaucoup de Floridiens se disent bien sûr navrés pour la Louisiane et réservent encore leurs critiques les plus acerbes à BP et aux pouvoirs publics, mais la Floride critique de plus en plus ses voisins avides de pétrole. Lors d’un récent entretien, Charlie Crist, gouverneur de l’Etat, a déclaré qu’il régnait “un certain niveau de frustration”, car la Floride ne tire que peu, voire pas de bénéfices financiers de l’exploitation pétrolière en mer, alors qu’elle en partage les risques environnementaux. Ses administrés sont moins mesurés et considèrent la Louisiane comme un voisin irresponsable qui a mis le feu au quartier. D’une certaine manière, il s’agit d’un conflit qui plonge ses racines dans l’Histoire. La Louisiane et la Floride partagent le golfe du Mexique, mais elles ne regardent pas le pétrole d’un même œil. Depuis la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle des billes de mazout ont dérivé dans le golfe après le torpillage de pétroliers par des sous-marins allemands, les autorités de Floride font obstacle à l’exploitation pétrolière en mer pour protéger l’industrie du tourisme.
La Louisiane est, quant à elle, un Etat pétrolier à part entière : elle a découvert ses premiers gisements exploitables en 1901 et a commencé les forages en mer en 1947. Les autorités louisianaises n’ont jamais regretté leur décision et les deux Etats sont désormais séparés par un fossé économique et culturel. Le pétrole et le gaz naturel rapportent 65 milliards de dollars [53 milliards d’euros] par an à la Louisiane, tandis que la manne touristique s’élève à 60 milliards de dollars par an en Floride. Selon Sean Snaith, économiste de l’université de Floride centrale, la côte floridienne du golfe du Mexique risque de perdre cette année 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 195 000 emplois si la marée noire fait baisser la fréquentation touristique de moitié. La Floride a beaucoup à perdre, même au-delà du tourisme. Au fil du temps, la population et les constructions se sont concentrées sur ses 13 580 kilomètres de côtes. Les prix de l’immobilier ayant déjà baissé d’un tiers dans de nombreuses zones et le chômage avoisinant 12 %, la marée noire pourrait affaiblir l’économie de l’Etat pour dix ans. Elle menace aussi un des trois plus grands récifs coralliens au monde, pris dans le courant giratoire, qui, selon les océanographes, a déjà envoyé de petites nappes de pétrole autour de la péninsule. Les Floridiens craignent donc de perdre non seulement leurs moyens de subsistance, mais aussi leur mode de vie
16 juin 2010 à 14h54
Deme est «en négociation» pour aider à lutter contre la marée noire dans le golfe du Mexique. Le groupe belge de dragage pourrait intervenir de plusieurs manières : élever des barrières de sable et de pierre, ramasser le pétrole à la surface de l’eau et nettoyer les sols pollués.

Alain Bernard, CEO de Deme. © Belga
LA NOUVELLE-ORLEANS (Etats-Unis) - Le second bateau déployé par BP pour siphonner le pétrole et le gaz du puits sous-marin qui fuit dans le golfe du Mexique était opérationnel mercredi, a annoncé le groupe.
"Ce second système vient s'ajouter à l'entonnoir sous-marin déjà en place, qui reste opérationnel", a déclaré le géant pétrolier dans un communiqué.
Le nouveau dispositif est directement relié au bloc obturateur du puits défectueux de la plateforme Deepwater Horizon et achemine le brut et le gaz à travers des tuyaux jusqu'au bateau Q4000 en surface.
D'après BP, le Q4000 "utilise un système spécialisé pour brûler proprement le pétrole et le gaz captés par ce second mécanisme".
Le nouveau dispositif a commencé à fonctionner aux environs de 01H00 locale (06H00 GMT), selon BP.
"Nous continuons les opérations pour stabiliser et optimiser les performances de ce second système d'endiguement", a continué l'entreprise britannique.
Sur le bateau, les équipes brûleront jusqu'à 10.000 barils de pétrole par jour, dans le but d'augmenter de manière significative les efforts pour endiguer l'énorme marée noire.
La capacité du Q4000 n'est pas assez grande pour emmagasiner le pétrole, et le transporter sans interruption par péniches vers le rivage impliquerait "un risque significatif en matière de sûreté", ont soutenu des responsables officiels mardi.
Désormais, les experts américains estiment qu'entre 35.000 et 60.000 barils de pétrole s'échappent chaque jour dans les eaux au large des côtes de la Louisiane, en raison de l'explosion en avril de la plateforme Deepwater Horizon.
L'énorme marée noire, décrite comme la pire catastrophe écologique de l'histoire des Etats-Unis, menace les côtes de quatre Etats du sud du pays et a d'ores et déjà porté un coup aux industries du tourisme et de la pêche, indispensables au fonctionnement économique de la région.
(©AFP / 16 juin 2010 20h41)