Nous souhaitons partager autour de l'Ancien et du Nouveau Monde, avec nos coups de cœur, au gré de nos rencontres et de l'actualité, dans le cadre - ouvert - de la francophonie.
Par Reuters, publié le 16/04/2010 à 15:04
Correction: bien lire qu'il s'agit d'associations du littoral charentais dans le 10e paragraphe.
Les associations de sinistrés de la tempête Xynthia en Charente-Maritime, désormais regroupées au sein d'un collectif qui a vu le jour jeudi soir, exhortent le gouvernement à passer de la parole aux actes, au lendemain de la visite de Jean-Louis Borloo dans la région. (Reuters/Régis Duvignau)
BORDEAUX (Reuters) - Les associations de sinistrés de la tempête Xynthia en Charente-Maritime exhortent le gouvernement à passer de la parole aux actes, au lendemain de la visite de Jean-Louis Borloo.
La délégation emmenée par le ministre de l'Ecologie jeudi en Vendée et en Charente-Maritime a permis de faire retomber un peu les tensions nées à l'annonce du tracé des "zones noires" où plus de 1.500 habitations sont vouées à la destruction.
Le gouvernement, qui préfère désormais parler de "zones de solidarité nationale", a insisté sur le traitement au cas par cas des dossiers des riverains et annoncé l'envoi de "délégués de la solidarité" dans les communes touchées à partir de lundi.
"L'expropriation pour des raisons de sécurité, ça ne se fait en France que sous le contrôle des juges, avec une expertise contradictoire", a souligné sur Europe 1 Jean-Louis Borloo, démentant toute marche arrière du gouvernement.
"Vous pouvez avoir une zone globalement à risque qui ouvre droit à cette solidarité mais dans cette zone, telle ou telle maison particulière peut ne pas être en danger (...). C'est ce que je suis allé préciser avec les maires", a-t-il ajouté.
Une dizaine d'associations de victimes de Charente-Maritime sont désormais regroupées au sein d'un collectif, qui a vu le jour jeudi soir, afin d'organiser toutes les actions nécessaires à la défense des sinistrés.
Ils attendent avant tout "des actes concrets et non des paroles", a prévenu Christian Brunet, président de l'Association des sinistrés de Port-des-Barques, au cours d'un entretien à Reuters.
"Nous ne manquerons pas de nous rappeler au bon souvenir du gouvernement si des décisions sensées ne font pas suite aux discours dans la semaine à venir", précise le premier communiqué du collectif, diffusé jeudi soir.
PAS DE RASSEMBLEMENT SAMEDI
Le collectif exige la redéfinition des "zones noires" en fonction d'expertises "sérieuses et contradictoires, et non sur la base de décisions arbitraires".
Pas question "de payer les carences et la précipitation de l'Etat", soulignent les membres du collectif, formé par huit associations du littoral charentais, touché par la tempête du 28 février, auxquelles s'est jointe une association de victimes en cours de formation.
Trois autres associations en cours de constitution devraient rejoindre le collectif des sinistrés de Xynthia.
Pour la présidente de Poitou-Charentes, Ségolène Royal, le gouvernement a opéré un simple "changement de vocabulaire" mais "le problème reste entier" sur le littoral atlantique.
"Il y a eu une parole d'apaisement, c'est déjà pas mal", a déclaré la dirigeante socialiste sur France Inter avant de réclamer la suspension du plan de zonage des régions sinistrées.
"Ce qu'on demande, c'est très simple, c'est de connaître les expertises qui ont permis ce zonage (...) et regarder ensemble les aberrations", a-t-elle insisté.
Le collectif de Charente-Maritime dément toute organisation d'un rassemblement samedi, après la diffusion d'informations faisant état d'un blocage du pont de l'Ile de Ré en préparation.
"Notre volonté est avant tout de défendre les sinistrés, pas de faire une opposition systématique à qui que ce soit, et d'obtenir du gouvernement qu'il rende ses droits à chaque citoyen concerné", a dit à Reuters Christian Brunet.
Michel Le Bozec, président de l'association Sauvegarde du village des Boucholeurs, a précisé que le gouvernement ferait connaître mercredi prochain de nouvelles décisions.
Le collectif se réunira dans la foulée pour envisager "toute forme d'action nécessaire", a-t-il ajouté.
Quatre membres du gouvernement se sont rendus hier dans les départements touchés par la tempête, pour calmer la fronde grandissante des propriétaires de maisons vouées à la démolition.
Le dossier des «zones noires» tourne au piège pour le gouvernement. Relayée par des élus locaux, la contestation des propriétaires de maisons situées dans des secteurs jugés dangereux et vouées à la démolition ne faiblit pas. Au point que le pouvoir a jugé utile de dépêcher sur place, hier, pas moins de quatre représentants de l’Etat pour déminer le terrain: Jean-Louis Borloo, Benoist Apparu, Chantal Jouanno et Dominique Bussereau.
«Il y a un malentendu», a estimé le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo. Les zones noires «sont des zones de solidarité, des zones de rachat, pas des zones de destruction massive», a-t-il déclaré avant une rencontre avec des élus à La Rochelle en Charente-Maritime, le département où la contestation est la plus vive. «La solidarité nationale est là pour aider. On va travailler avec [les élus]», a-t-il ajouté. Les pouvoirs publics semblent vouloir remettre du dialogue dans cette procédure souvent perçue, sur place, comme abrupte. Dans l’après-midi, les quatre membres du gouvernement se sont rendus à La Roche-sur-Yon (Vendée), où ils ont rencontré les maires, les députés et le président du conseil général, Philippe de Villiers. «Benoist Apparu a été très pédagogue. Il a exposé aux élus dans le détail la multiplicité des critères qui ont prévalu pour dessiner les périmètres des zones d’extrême danger», note un participant.
Lettre.Pas suffisant, selon l’Avif, l’Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), où 915 maisons sont vouées à la démolition. Tandis que les ministres arpentaient le terrain, le cabinet de Me Corinne Lepage, avocate de l’Avif, déposait devant le tribunal administratif de Nantes une requête en référé. La procédure vise à obtenir les études «ayant servi de fondement à la détermination des zones noires» et les pièces du dossier démontrant que les autres moyens de «sauvegarde et de protection des populations [comme les digues, ndlr] s’avèrent plus coûteux que les indemnités d’expropriation».
Après sa visite, Jean-Louis Borloo a adressé une lettre à tous les élus locaux, rendue publique dans la soirée par son ministère. Il y écrit «qu’il n’est pas question d’exproprier sur la totalité de ces zones et immédiatement l’ensemble des habitations». Dans ces secteurs «à risque anormal», l’Etat a voulu apporter «immédiatement» une solution «garantissant un prix juste» aux personnes qui souhaitent quitter leur maison. Pour les autres, des procédures d’expropriation fondées sur des expertises contradictoires et placées «sous le contrôle des juges» scelleront «au cas par cas» le sort de chaque habitation.
Dans cette lettre, le ministre rend un «hommage personnel» aux préfets des deux départements. Ceux-ci subissent les foudres des propriétaires et des politiques locaux alors que les zonages ont été décidés par le gouvernement.
Chapeau.Une motion contre les démolitions, adoptée lundi par le conseil général de Charente-Maritime (pourtant présidé par le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau), fait ainsi porter le chapeau des zones controversées au préfet, Henri Masse. Dans ce département, le ministre, mais aussi Jean-Pierre Raffarin, ainsi que la présidente (PS) du conseil régional de Poitou-Charentes, Ségolène Royal, ont pris fait et cause pour les maires et les propriétaires. Les préfets ont dû affronter seuls une colère citoyenne suscitée par des mesures traumatisantes. «Préfet, démission!», a-t-on entendu un peu partout. Henri Masse a même dû annuler une réunion qui s’annonçait électrique.
«C’est la conjonction de toutes les veuleries, de tous les cynismes et de toutes les démagogies, critique, très remonté, un grand commis de l’Etat. Ces mêmes élus sont-ils prêts à assumer la mort d’autres personnes si une autre tempête frappait dans ces zones ?»
Les ministres se sont déployés sur le terrain, hier, pour clarifier le concept des «zones noires» et calmer la colère des propriétaires sinistrés par la tempête Xynthia. «Il y a un malentendu sur lequel il faut qu'on s'explique», a ainsi déclaré le ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo, au cours d'une visite surprise à LaRochelle. «Il ne saurait être question de démolition systématique et autoritaire», a-t-il par ailleurs écrit dans une lettre aux élus concernés de Vendée et Charente-Maritime, où 1.510 maisons ont été classées en «zone noire» après la tempête du 28février. À LaRochelle, le ministre a assuré que les autorités agissaient «dans un souci de solidarité». C'est «une erreur de communication» qui a conduit beaucoup à penser que «zone noire=zone de destruction immédiate», a renchéri le secrétaire d'État au Logement, Benoist Apparu.
Les sinistrés pourraient demander à rester
En clair, selon le site du Point, les habitants des «zones noires» pourraient donc demander à rester. Il y a deux jours, le Premier ministre, François Fillon, s'était pourtant montré inflexible sur le caractère définitif de la délimitation des zones noires fixant les habitations à détruire. L'hebdomadaire cite le député-maire UMP de Châtelaillon, Jean-Louis Léonard. Selon ce dernier, les sinistrés concernés par ces zones noires vont donc avoir deux possibilités: s'ils veulent partir, ils négocieront le rachat de leur habitation par l'État; s'ils veulent tenter de rester, ils pourront expliquer aux experts comment ils entendent se protéger pour assurer leur sécurité. Dans la dernière hypothèse, les habitants pourront mettre en avant «la protection naturelle» dont bénéficie leur maison ou alors proposer la mise en oeuvre de protections de façon individuelle ou collective.
Explication de méthode
Tout en répétant que les zones noires «resteront telles qu'elles sont», la secrétaire d'État à l'Écologie, Chantal Jouanno, s'est, elle, livrée à La-Roche-sur-Yon à une explication de méthode sur les solutions proposées: rachat à l'amiable ou procédure d'expropriation arbitrée par les tribunaux. Pour ceux qui ne veulent pas de rachat amiable, il est prévu une «procédure de déclaration d'utilité publique qui suppose de faire une expertise maison par maison et de constituer un dossier qui établira s'il y a risque ou non et, in fine, c'est le juge des expropriations qui dira ?j'autorise l'expropriation ou non?», a-t-elle précisé. «Si après enquête, on s'aperçoit que le risque pour la vie des gens n'est pas avéré, bien évidemment, il n'y aura pas d'expropriation», a assuré pour sa part Benoist Apparu.
Ségolène Royal réclame toujours la suspension du plan de zonage des communes touchées par la tempête Xynthia. La visite de Jean-Louis Borloo dans les départements sinistrés, où il a expliqué qu'il n'y aurait pas de destruction systématique des habitations, ne la convainc pas.
Ségolène Royal, en tant que présidente de la région Poitou-Charentes, s'est trouvée un nouveau cheval de bataille. Les fameuses "zones noires" décidées par les pouvoir publics, qui commandent la destruction de 1.500 habitations en Vendée et Charente-Maritime, après le passage de la tempête Xynthia. Si la socialiste a bien entendu Jean-Louis Borloo, qui a fait jeudi le déplacement dans les départements sinistrés pour tenter d'apaiser la colère des riverains, elle n'a pas été convaincue. Le ministre de l'Ecologie avait pourtant affirmé que les destructions d'habitations ne seraient pas automatiques, une nuance nouvelle dans la bouche d'un des membres du gouvernement. Il avait également évité de parler de "zones noires" mais plutôt évoqué des "zones de solidarité nationale". Un simple "changement de vocabulaire" mais "le problème reste entier", a jugé Ségolène Royal vendredi matin sur France inter.
"Il y a eu une parole d'apaisement, c'est déjà pas mal (...). Venir sur le terrain, c'était un minimum. Maintenant, il faut franchir l'étape suivante qui est la suspension du zonage, l'ouverture de discussions et des expertises contradictoires", a dit la socialiste sur France Inter. "Il ne s'agit pas seulement de changer de vocabulaire, il s'agit de changer ce zonage et de respecter la parole donnée", a-t-elle insisté. "Nous avons subi une catastrophe terrible (...) et, au fond, un deuxième coup nous est arrivé sur la tête en apprenant le zonage qui avait été décidé de façon autoritaire et unilatérale par l'Etat", a encore expliqué Ségolène Royal, se faisant le relais de la colère des riverains. "Ce qu'on demande, c'est très simple, c'est de connaître les expertises qui ont permis ce zonage (...) et regarder ensemble les aberrations", a-t-elle ajouté. Déjà mercredi, l'élue avait signé un courrier, avec des maires des communes touchées et des associations de riverains sinistrés, dans lequel elle réclamait aux pouvoirs publics de revoir leur copie.
Cet activisme médiatique de Ségolène Royal sur le front de l'après tempête agace dans les rangs de la majorité. Interrogé sur Canal +, Dominique Paillé a ainsi taxé la socialiste d'"enfumeuse de première parce qu'elle raconte n'importe quoi". "C'est quelqu'un qui fait beaucoup d'agitation", a encore déclaré le porte-parole adjoint de l'UMP.

POLITIQUE - Pour la socialiste, l'Etat est trop autoritaire, et refuse toute concertation...
Le gouvernement est trop autoritaire. Pour Ségolène Royal, qui s'exprimait ce vendredi sur France Inter, l'Etat refuse la concertation, et ce sur tous les fronts. Xynthia, les retraites: «une concertation, c'est s'écouter», a lancé la présidente de la région Poitou-Charentes.
«La méthode gouvernementale ne va pas», a estimé la madone du PS interrogée par Nicolas Demorand. Car si elle reconnaît que, concernant les zones noires après le passage de la tempête Xynthia dans sa région, le gouvernement a eu une parole d'apaisement, Ségolène Royal estime que «c'est déjà pas mal» mais qu'«un changement de vocabulaire ne suffit pas».
Pour la présidente de la région, l'Etat doit en effet suspendre le zonage «décidé de façon unilatérale et autoritaire», et discuter autour de «contre-expertises contradictoires». Une concertation qui s'impose dans sa région, mais pas seulement. Pour Ségolène Royal, dans le dossier des retraites, il convient également «d'atteindre un objectif si possible consensuel».
«La retraite, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas», a martelé la socialiste. Et pour Ségolène Royal, il convient de «remettre à plat les avantages fiscaux offerts aux plus riches» avant d'entamer une véritable concertation sur le sujet. Sans oublier de «faire cotiser le capital», et pas seulement les revenus du travail.
Un discours de campagne, Ségolène? «Je viens d'être élue de façon extraordinaire dans la région qui est la mienne, je me consacre à ce mandat», a éludé l'ex-candidate à la présidentielle 2007, qui dit s'attacher à «trouver des solutions locales au désordre global». Avant de lacher, en réponse à un auditeur quelques minutes plus tard: «Nous verrson le moment venu».http://www.kazeo.com/gestion/admin.php?page=blog&sr=publier
Ce n'est surtout pas un inconvénient. Voire même un avantage. Hier, sur tous les tons, en canon, Chantal Jouanno et Benoist Apparu, respectivement secrétaires d'État chargée de l'Écologie et de l'Urbanisme, ont fait ce qu'ils appellent « la pédagogie » du zonage. D'abord en Charente-Maritime, où ils étaient accompagnés du ministre Jean-Louis Borloo venu « dissiper le malentendu des zones noires », puis en Vendée l'après-midi, ils ont répété qu'elles étaient plutôt une chance à saisir pour les victimes de Xynthia.
« Des sinistrés souhaitent quitter cette zone, parce qu'ils ont peur, parce qu'ils ne veulent plus rester ici. On souhaitait leur offrir les meilleures conditions de départ », a justifié Chantal Jouanno.C'est aussi, pour elle, ce qui a justifié la célérité des services de l'État, qui ont accouché de la cartographie en un temps record.
Privilégier l'indemnisation par l'État
Un processus trop rapide ? « On ne pouvait pas dire aux sinistrés d'attendre encore, il était de notre devoir de leur donner des réponses rapides », estime la ministre. Un calendrier serré imposé aussi par la pression pesant sur les élus, « très sollicités par les habitants, et qui doivent pouvoir apporter des réponses », argumente Benoist Apparu.
Pour les deux ministres, les sinistrés auraient tout intérêt à choisir la voie de l'indemnisation amiable, « puisque les biens seront acquis au prix du marché 2008/2009 », précise Benoist Apparu. Pour ceux dont les maisons figurent dans la zone noire, et qui ne veulent pas les quitter, « les tribunaux arbitreront. Si le risque est inexistant, il n'y aura bien évidement pas d'expropriation ».
Un scénario que les deux ministres déconseillent, « car le risque pour ces personnes, si elles sont expropriées, est de devoir finalement quitter leur maison, à des conditions qui pourraient être beaucoup moins avantageuses ». L'exercice pédagogique portera-il ses fruits ? Hier, en fin de journée, les services de l'État brandissaient le chiffre de 689 rendez-vous pris par les sinistrés en vue d'une procédure à l'amiable. Autrement dit, les effectifs de ceux qui renonceraient aux propositions de l'État seraient en train de fondre comme neige au soleil. Une manifestation est pourtant programmée aujourd'hui, à 15 h, devant la préfecture de Vendée. Et, selon une source policière, « ils devraient être nombreux ».
Philippe ECALLE