• Une aventure de Jérôme Lagibotière

    Un extrait de la bibliothèque de ce fabuleux site pédagogique :

      "le village de Prologue"

     

    LES AVENTURES DE JÉRÔME LAGIBOTIÈRE
    Par : JÉRÔME LAGIBOTIÈRE [ 1849 ]
    UN SAUT DANS LES CHAUDIÈRES

    Pour ce qui est de cette aventure dans les Chaudières, elle est tout simplement incroyable!

    Les Chaudières sont plus que des chutes, ce sont des cataractes; il y en a trois qui se suivent, par lesquelles déboule la formidable rivière Ashuapmouchouane. C’est la rivière par laquelle on va du lac Mistassini jusqu’au lac Saint-Jean. C’est beaux, ça, ces chutes-là, les amis, mais c’est épeurant! Quand on arrive par en haut des chutes, il faut s’arrêter à environ deux milles et faire un portage. À cet endroit, la rivière fait un coude et passe à travers des rochers pointus. Tout de suite après, il se fait comme un rouleau qui ramène tout ce qui passe et qui le fait tournoyer sans arrêt. Y a pas un canot, même le plus gros des rabaskas qui peut traverser ça.

    Cette fois-là, j’étais campé à la tête du portage avec une flottille de canots montagnais. On revenait du lac File-Axe avec un chargement de fourrures. Il y avait des jeunes indiens qui jouaient et qui se lançaient des défis, comme tous les jeunes! Tout d’un coup, il y en a un qui s’élance dans un des petits canots et qui se dirige vers le coude de la rivière. Dans le rouleau! Il voulait essayer de traverser le rouleau! Quelle folie! Là, on s’est mis à crier, mais rien à faire, il continuait. Ffloufff! le voilà qui disparaît dans le rouleau. On l’a vu ressortir deux ou trois fois en agitant les bras et puis flouchhh! au fond de la rivière. Finalement, il est ressorti par en bas dans le rapide, mais il n’avait plus de forces pour nager vers la rive.

    C’est là que je me suis décidé. J’ai attrapé un ballot de peaux de caribous et je suis parti en courant le long du portage jusqu’à un endroit où la rivière s’étrécit. Là, j’ai demandé à mon compagnon, Jos Testament de m’attacher le ballot bien solidement autour de la ceinture. Quand le jeune Montagnais est arrivé proche, je me suis jeté dans le courant et j’ai nagé jusqu’à lui. Je l’ai attrapé à bras-le-corps et j’ai essayé de lui tenir la tête en dehors de l’eau. Il n’y avait plus moyen de revenir au bord. Heureusement que le ballot m’aidait à flotter. Je me suis retourné vers le bas de la rivière et là, à travers les vagues et l’écume, j’ai vu comme une barre blanche brillante et puis juste derrière, une sorte de fumée d’eau qui montait dans le ciel. Les Chaudières!!! Là, j’ai nagé comme un fou pour aller vers la droite.

    Je savais que les Chaudières se divisent en plusieurs chutes. À droite, c’est la plus petite, la petite Chaudière. C’est là que je voulais passer. Autrement, c’était la mort assurée. Finalement à force de me débattre, je me suis presquement rendu au bord. Je voyais mon ami Jos et d’autres indiens qui me faisaient des grands signes, mais le courant était trop fort. Je me suis préparé à sauter. La lame d’eau nous a pris dans ses bras et là, je me suis senti aspiré par une force invincible. C’est comme si on flottait dans les airs. Il n’y avait plus de haut, plus de bas, juste de la mousse blanche! Tout d’un coup, ma tête est sortie de l’écume. On était tombé dans une grosse marmite juste en bas des petites Chaudières et on tourbillonnait comme des moines. Là, Jos a réussi à me tendre une perche. Je me suis accroché d’une main et ils m’ont tiré au bord. Je tenais toujours le jeune par un bras. Il était évanoui, mais il était vivant.

    Eh bien, c’est comme ça que c’est arrivé. Comme vous voyez, j’ai été chanceux, cette fois-là. On s’en est tirés indemnes, à part quelques bleus et quelques écorchures sur les jambes.


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