• Les compagnonnages des tailleurs de pierre

    Les compagnonnages

    Cinquième conférence dans le cadre de l’Université du Temps Libre de Marennes-Oléron. Le conférencier est Jean-Michel Mathonière, spécialiste des compagnonnages, et plus spécialement ceux des tailleurs de pierre (qui étaient appelés maçons).

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    En préambule, Philippe Lafon, le président de l’UTL-MO, nous parle de la stèle découverte à Saint-Pierre-d’Oléron, ayant servi de seuil de porte, et se révélant être une pierre tombale dont il a décrypté les inscriptions en partie effacées par l’usure des pieds.

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    Jean-Michel Mathonière va nous montrer surtout des aspects extérieurs des compagnons des XVIIIème et XIXème siècles, grâce à ses recherches iconographiques.

    [Le compagnonnage s’est progressivement mis en place au XVème siècle, en réaction à l’emprise obligatoire des corporations. Des ouvriers « compagnons » voulaient pouvoir s’embaucher où ils le voulaient, fixer leur salaire, sans plus dépendre de leur maître.]

    Les compagnons tailleurs de pierre étaient organisés en deux principales sociétés : les Compagnons passants et les Compagnons étrangers, mais c’était le même principe : les tailleurs de pierre ne faisaient que « passer » sur les chantiers et ils étyaient « étrangers » aux villes. Y a-t-il un rapport entre les sociétés de compagnonnage et les tailleurs de pierre du Moyen-âge ? Cela est vraisemblable, mais il n’y a pas de preuves irréfutables ; des traces à interpréter mais pas d’écrits.

    Qu’y avait-il sous ces noms ou appellations : Hiram, les Enfants de Salomon, Maître Jacques, le Père Soubise ? Beaucoup d’hypothèses mais aucunes certitudes. Et puis il faut attendre 1655, avec les « Résolutions de la Sorbonne », pour avoir une description des rites de compagnons. En même temps c’était la condamnation, pour hérésie, par l’Eglise des sociétés de compagnons parce que le rituel implique une « renaissance » qui était réservée aux dogmes de la religion. Avec sa renaissance chaque compagnon reçoit un « surnom » et un qualificatif correspondant à une « vertu ».

    Il y a beaucoup de similitudes entre les rites des maçons opératifs et des maçons spéculatifs  au XVIIIème siècle, mais la parenté, voire la filiation, reste à prouver. On peut au moins envisager des emprunts croisés de symboles.

    Le tour de France des compagnons tailleurs de pierre prend de trois à six ans. Ils ont l’obligation de laisser des marques de leur passage. Alors que toute la Bretagne est à l’écart du tour de France, en revanche La Rochelle, Rochefort et toute la côte jusqu’à Bordeaux sont des points de passages obligés. Les sièges des sociétés étant dans les grandes villes,  Bordeaux était la capitale française des compagnons jusqu’au début du XXème siècle, pour les tailleurs de pierre.

    Les compagnons en voyage se distinguaient par la façon dont ils portaient les « couleurs » (sautoirs, rubans, écharpes). Cela était la cause de beaucoup de bagarres.

    La connaissance de la géométrie  était la connaissance par excellence. Tout d’abord il fallait ne rien ignorer du « trait » = la stéréotomie. Chez les tailleurs de pierre les chefs-d’œuvre étaient plutôt appelés  « maquettes ».

    Cinq groupes principaux chez les compagnons tailleurs de pierre. Pas de maquettes pour les aspirants au tour France. Peu de maquettes de réception au début (après les années du tour de France) ; ensuite oui. Les sociétés de compagnons existent toujours : à la Toussaint 2010, on a fêté le bicentenaire des compagnons pâtissiers à Blois.

    Agricol Perdiguier  (1805-1875) a été le premier à écrire sur les compagnons. Comme il s’était fait élire député, il a pu être à l’origine d’un  projet de loi sur la limitation du temps de travail et sur le travail des enfants.

    Des compagnons ont émigré vers le Québec. On retrouve les surnoms de renaissance et les qualificatifs correspondant aux vertus qui ont été transformés en nom de famille.

    Les compagnons en règle trouvaient de l’aide dans les villes où il allait pour se nourrir, se loger et trouver du travail. Au-delà de la taille de la pierre, ils avaient des compétences d’architecte, et on les employait aussi dans ce cadre. A Avignon se trouvent les grands rôles des Compagnons passants chez les tailleurs de pierre.

    Pierre tombale de maçon (?) à Saint-Thomas-du-Bois

    Questions :

    • Rapport entre maçonnerie opérative et maçonnerie spéculative ? On ne peut pas apporter de réponse définitive.

    • Des compagnonnages ailleurs ? Des exemples de micro-compagnonnage à Venise.

    • Pourquoi la couleuvre autour de la canne ? Parce que la couleuvre est l’emblème de la prudence (c’est-à-dire l’expérience en latin).

    • Le titre de compagnon n’est pas une carte de visite : il faut passer des concours comme celui de « Meilleur Ouvrier de France ».

    • La vie personnelle des compagnons ? La famille ? Il fallait fuir la tentation du mariage !

    • L’argent ?  Beaucoup sont très correctement payés (parce qu’ils construisent pour les riches, notamment pour l’Eglise).

    • Pré-syndicalisme

    • Pourquoi pas le titre de « maître » en France alors que ce titre existe en Allemagne : la loi Le Chapelier de 1791 a dissout les corporations en France.

    • Pas de compagnonnes avant nos jours. (Imaginez une femme allant à pied de ville en ville…)

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    Plus d'infos (et des illustrations) sur : www.compagnon.info

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    AlCaribou,
    d'après la conférence de Jean-Michel Mathonière


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