• Le Charbonnier

    Le Charbonnier

    Un événement sensationnel qui eut, en son temps, un grand retentissement, se passa dans un petit village du Poitou, situé près de la forêt de Coulombiers.

    Le mois de septembre répandait sur la nature une délicate floraison de poussière d'or qui présageait la fin des beaux jours.

    C'était la saison où se prépare l'hiver et les gens commençaient à faire toutes sortes de provisions, sans oublier celles de charbon.

    Or, un charbonnier, involontairement, vint, un dimanche matin, troubler la quiétude du petit bourg.

    Revenant de livrer sa marchandise, il entra à l'église pour assister à la messe. La figure mal rasée, encombrée d'épais sourcils tombants et couverte de poussière noire, il apparut soudain au milieu de l'assemblée silencieuse. Justement le curé prêchait. Il parlait du démon et il disait :

    -    Il est noir, si noir...

    Tous, alors, crurent à une apparition. L'alarme fut si chaude que dans un brouhaha indescriptible, il y eut un sauve-qui-peut général. Le curé lui-même agitait les bras et les laissait retomber en un geste qui signifiait : « C'est le démon, mais que voulez-vous que j'y fasse ? »

    Seul le charbonnier demeura dans l'église, ne comprenant rien à ce qui arrivait. Voulant s'informer, il s'approcha d'une vieille femme qui ne pouvait que difficilement marcher et qui, pour cette raison, était toujours là. Dès qu'elle le vit, elle recula. Affronter le démon en personne, il n'en était pas question ! Aussi, avec une présence d'esprit remarquable, se trouvant à côté du bénitier et, avant que le charbonnier n'eût ouvert la bouche, elle se mit à l'asperger pour chasser l'esprit du mal.

    Et, ô merveille ! au fur et à mesure qu'elle lui jetait ainsi de l'eau bénite, sa figure blanchissait. Très surpris et vexé de ce procédé peu courtois et tout à fait inhabituel, le charbonnier finit par s'en aller.

    Alors, l'assistance anxieuse qui attendait non loin la suite des événements, avec le curé psalmodiant des antiennes, demanda si le démon était bien parti.

    La vieille femme, très fière d'elle-même, répondit qu'à force d'arroser d'eau bénite, elle l'avait purifié et chassé.

    Aussitôt, un cantique d'allégresse s'éleva vers le ciel, la vieille femme fut portée en triomphe et personne, jamais, n'oublia cet exploit. C'est pourquoi nous en parlons encore.

    Raconté par Laurence Camiglieri dans « Contes et Légendes du Poitou et des Charentes », Editions Fernand Nathan, Paris 1977. Illustration d'Arnaud Laval.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :